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Le point Godwin du cinéma

Non, je ne vous parlerai pas ici du principe selon lequel l’un d’entre vous finira durant un débat par parler des nazis pour argumenter ses idées ; ceci appliqué au cinéma. Non, non. Non ici, c’est un tout autre concept. Concept que j’ai pu expérimenter durant le fil des discussions autour du cinéma. Certes, ce point Godwin du cinéma, je l’ai quelque peu inventé, mais c’est tout de même une chose qui revient assez souvent dans mon entourage ou sur Internet.

Voici la scène : vous êtes en plein débat sur un film que vous venez de voir; vous discutez, vous discutez, argumentez… et là, bam ! La personne, sortie de nulle part, vous sort “Ouais, enfin… le livre est quand même mieux”…

…

Putain mais qu’est-ce qu’on s’en fouuuuuuuuuuuuuuuuut. On parle cinéma là. Pas livre. Ça n’a tout bonnement rien à voir.

Je peux comprendre que ce soit éventuellement intéressant de comparer un livre et un film sur une même histoire, surtout quand l’un est tiré de l’autre… Mais sinon qu’est-ce que ça a à faire ici ?

Oui c’est probable qu’en soi le livre soit meilleur. Okay. Plus détaillé, plus subtil, et je ne sais guère quoi d’autre. Pourquoi pas. Mais il faut surtout comprendre qu’un livre permet de laisser votre imaginaire travailler. Le livre prendra forme en fonction de vos pensées, vos choix, vos goûts, plus personnel donc ; chose qui il est nettement plus difficile lorsqu’il s’agit d’un film, vu que tout est prémaché. Ce qui fait que vous pouvez un peu mieux vous approprier un livre plutôt qu’un film.

Tout ça pour dire qu’à mon sens, sortir durant une discussion sur le cinéma que “le livre est mieux“ n’a aucun intérêt en soi et c’est ceci le point #Godwin du cinéma.


À ce sujet, voici quelques morceaux de textes qui laissent à réfléchir :

Sur une approche toute différente de celle d’André Bazin, on peut citer la position de Marguerite Duras ( ce qui ne l’a pas empêchée de travailler sur l’adaptation de ses romans au cinéma , seule ou avec Resnais par exemple !) : “Le cinéma arrête le texte, frappe de mort sa descendance : l’imaginaire. C’est là sa vertu même : de fermer, d’arrêter l’imaginaire. cet arrêt , cette fermeture s’appelle le film. Bon ou mauvais, sublime ou exécrable, le film représente cet arrêt définitif. La fixation de la représentation une fois pour toutes et pour toujours”.

Source : http://www.viabooks.fr/ecrit/passer-du-livre-au-cinema-les-problemes-d-adaptation-19638

Il en est de même pour Simone de Beauvoir qui écrivait : “C’est l’évidence de l’image qui donne aux films leur force ou leur séduction : mais aussi par sa plénitude inéluctable la photographie arrête ma rêverie. C’est une des raisons pour lesquelles - on l’a dit souvent - l’adaptation d’un roman à l’écran est presque toujours regrettable. Le visage d’Emma Bovary est indéfini et multiple, son malheur déborde son cas particulier ; sur l’écran je vois un visage déterminé, et cela diminue la portée du récit. Je n’ai pas ce genre de déception quand l’intrigue a été conçue directement pour l’écran ; il me plaît que Tristana ait les traits de Catherine Deneuve : c’est que je suis d’avance résignée à ce que cette histoire n’ait que la dimension d’une anecdote”.

Source : http://www.site-magister.com/bts/resume2b.htm

Jean-Luc Godart se demandait « À quoi sert le cinéma, s’il vient après la littérature ? »

Source : http://www.collibris-app.com/blog/a-quoi-sert-le-cinema-sil-vient-apres-la-litterature/

Une étude montre qu’un film sur cinq est né d’un livre, dont les plus gros succès en salle. La BD devient de plus en plus une source d’inspiration.

Source : https://www.reseau-canope.fr/cndpfileadmin/mag-film/themes/madame-bovary-au-cinema-adaptation-reecriture/pistes-pour-letude/interroger-lacte-de-ladaptation-cinematographique/

Et si vous voulez aller plus loin, lisez L’adaptation cinématographique, entre fidélité infidélité à l’œuvre littéraire à l’exemple de L’opium et le bâton d’Ahcene Laib, Doctorant à l’Université de Mostaganem.